Texte de Monsieur Guichard  recueilli par Madame Annie DUNAT . 

6 Juin 1944 : entre 2 et 4 heures du matin, les premiers pas des alliés se sont faits sur les plages de Normandie. C’était le débarquement.

A Eragny,  les volets étaient clos, les habitants dans les abris, car au dessus du village, depuis le début de la soirée, les bombardiers alliés passaient sans interruption et la défense contre Avion (D.C.A.) occupante ne cessait de tirer.

Le  7 Juin, aux premières heures, les passages de bombardiers reprenaient, la D.C.A. continuait et un des avions fut touché en plein vol par un obus et disloqué en l’air, juste au-dessus du village.

Les bombes tombèrent, détruisant l’église, un hangar et sur les berges de l’Oise, une péniche sablière , mais aucune maison d’habitation ne fut touchée et il n’y eut pas de blessés.

Péniche coulée au bord de l'Oise

La plus grosse partie de la carlingue tombait dans la plaine de l’autre côté de l’Oise.

Le poste de pilotage tomba sur la Route Nationale, face à l’ancienne mairie, avec deux aviateurs à l’intérieur.

Deux autres aviateurs furent trouvés dans les jardins du 32 rue Bernardin de Saint-Pierre, un autre le long du café hôtel ”Au Goujon d’Eragny” sur les bords de l’Oise.

Un moteur de l’avion fut trouvé en plein milieu de la rue de la Gare, entre les N° 6 et 8, une partie de la queue dans une cour de chantier, au 38 rue de Saint-Ouen,  deux bombes non explosées très enfoncées dans les jardins bordant la rue du Rû ,  deux bombes armées non explosées dans leur trou, rue Jules Ferry. Ceci furent les premières constatations.

Par ordre de la mairie et des autorités d’occupation, les corps furent mis au cimetière, dans la morgue, en attendant que le menuisier du pays fabrique les cinq cercueils. Une fois la mise en bière effectuée, la fosse creusée, l’enterrement fut décidé vers 10 heures,  annoncé de bouche à oreille pour ne pas attirer l’attention de l’occupant.

 il fut décidé de  mettre les corps en terre aux premières heures du jour.

Destruction d'un toit du village Destruction d'une grange

A 10 heures, la Wehrmacht était présente devant le cimetière dans un camion avec une mitrailleuse. Pas une âme autour du cimetière, les aviateurs reposaient avec croix, noms et fleurs. La mairie était fermée. Monsieur le Maire et monsieur l’instituteur (secrétaire de mairie) ”n’étant pas au courant”, l’affaire fut classée. Les militaires avaient autre chose à faire à l’époque.

S’il n’y a pas eu de maisons abattues dans le périmètre de l’église, une grosse partie de celles-ci ont eu beaucoup de tuiles cassées. Les artisans du pays se sont réunis et en ontcupéré de l’église, du hangar détruit, et de quelques vieux stocks pour mettre toutes les maisons hors d’eau.

Les deux bombes de la place Jules Ferry furent visitées par les artificiers allemands, ils firent une mauvaise manœuvre, les rendant encore plus dangereuses, puis ils partirent, laissant un morceau de chiffon sur l’allumeur.

Bombe intacte au bord de l'Oise

Ces bombes furent désamorcées par des éragniens qui les emmenèrent ensuite au bord de l’Oise pour les immerger.

Informations

L’emplacement du monument anglais est dû à des places libres à cette époque, le cimetière était la moitié du cimetière actuel. La mairie apprit qu’un sixième aviateur avait été trouvé et enterré à Cergy. Il y a sept hommes dans un Lancaster. N’ayant trouvé aucune trace sur Cergy ou Eragny du 7ème aviateur, il en a été déduit qu’il était probablement tombé dans l’Oise. Des démarches ont été faites entre les communes d’Eragny et de Cergy pour rassembler l’équipage ; le sixième aviateur n’est venu rejoindre ses camarades qu’après la fin de la guerre.

Le monument a été dessiné par un Eragnien et inauguré en 1946.

Dépôt d'une gerbe au cimetière

Il y eut aussi la visite de familles anglaises désireuses de rapatrier leurs enfants près d’eux. Ils les ont laissés à Eragny pour ne pas séparer l’équipage. Les recherches de l’identité du septième aviateur ont duré jusqu’en 1988, les ambassades, sociétés et amicales anglaises du souvenir s’en occupant elles-mêmes.

Aujourd’hui, le nom du disparu est inscrit avec le nom de ses camarades.   

Compte-rendu de l’histoire de la chute d’un Lancaster de l’Escadron 550 de la R.A.F. tombé sur Eragny le 7 Juin 1944, honoré le 17 Septembre 1988 avec la participation des ambassades d’Angleterre, du Canada,  des Royal Air Force association, des premiers dirigeants de la municipalité des anciens combattants d’Eragny.

Un témoin Eragnien  Monsieur GUICHARD  (Septembre 1988)