Texte de Monsieur EMILE recueilli par Madame Annie DUNAT .

Monsieur Emile avait environ 20 ans en 1944, résidait à Chennevières depuis 1938, arrivé de Lyon avec ses parents venus travailler dans la région. Recensé à la mairie de Conflans Sainte-Honorine pour être requis au S.T.O. et réfractaire, il était caché dans une ferme de Chennevières. Il y était occupé aux travaux des champs, principalement autour de la Ferme d’Eragny, en limite des communes d’Eragny, d‘Herblay et de Conflans. C’était à proximité de l’endroit d’où une femme avait envoyé un certain nombre de messages radio à Londres avant d’être arrêtée et déportée par les Allemands.3

Il était néanmoins inscrit à la Défense passive de Conflans, ce qui donnait des facilités pour la circulation de nuit…. Il était aussi Résistant dans un groupe de FTPF (Francs-Tireurs Partisans Français) dont il ne connaissait que deux autres membres, avec lesquels le point de rassemblement le plus fréquent était le chemin de la Haute Borne.

Dans la région, il y avait de nombreux points où étaient installées des batteries de DCA. Par exemple, il y avait une batterie sur le toit de la plus haute des maisons situées en face de la gare de Conflans-Sainte- Honorine. A son avis, l’un des plus gros risques venait des armements très nombreux montés sur wagons et stationnés sur les voies de garage à Herblay.

Après l’alerte aérienne de la nuit du 6 juin 1944, dont il n’a pas de souvenir précis, il reçut mission « d’aller s’informer ». C’était le lendemain matin et le temps était beau.

Bien sur, il y avait les dégâts de l’Eglise détruite, des trous de bombes non explosées sur la Place Jules Ferry et un camion chargé de militaires allemands qui arrivait, mais aussi un moteur entier fiché dans le sol au début de la montée de la rue de la Gare.

Destruction de l'église Saint-Germain

Il apprit qu’à proximité un corps d’aviateur allié était tombé dans un jardin derrière les murs de la rue Bernardin de Saint-Pierre, mais n’essaya pas d’entrer dans une propriété privée.

Les autres corps étaient déjà gardés par des sentinelles allemandes. Deux d’entre eux étaient sur le trottoir, presque en face de l’ancienne Mairie, Route Nationale, à proximité du début de la rue de Neuville, dans une position saisissante et presque naturelle, morts et figés côte-à-côte sur les sièges de leur poste de pilotage presque intact. Le troisième était couché sans vie sur la berge de l’Oise, à hauteur du restaurant « Le goujon d’Eragny », no loin des débris de « matériels qui paraissaient être ceux d’un mitrailleur. D’une des poches supérieures de son équipement dépassait un paquet de cigarettes américaines. M. Emile était fort tenté de subtiliser l’une des cigarettes apparentes, mais n’arriva pas à détourner suffisamment l’attention de la sentinelle pour oser s’en saisir.

les bombes tombées dans l'Oise

Il y avait de nombreux débris répandus dans Eragny. En particulier, il y avait un grand morceau d’aile de plus de trois mètres tombé vers la Butte, dans l’un des champs de luzerne où il avait travaillé. Malgré son encombrement, ce n’était pas très lourd. Il l’aurait volontiers conservé. Mais; par crainte d’éventuelles représailles allemandes, avec un collègue de la ferme, ils le chargèrent le lendemain dans une charrette à foin et allèrent le jeter dans la carrière à Jeannot au bord de la Seine à Conflans. Quinze jours plus tard, le morceau d’aile avait disparu.