Category: du village à la ville

Découvertes archéologiques : La Marmotte d’Eragny

En 1890, le préhistorien Émile Rivière (1835-1922) récolte des outils du Paléolithique inférieur et moyen dans la haute terrasse alluviale de l’Oise

En 1907, le géologue André Laville étudie des restes de marmottes découverts dans les alluvions de la basse terrasse de l’Oise, qui contenaient aussi une molaire d’Elephas primigenius, datée du Pléistocène.

Extraits de la publication   LA MARMOTTE D’ERAGNY par A. Laville

Bulletins et Mémoires de la Société d’anthropologie de Paris Année 1908 Volume 9 Numéro 1 pp. 649-655

Pendant l’hiver de 1906 à 1907, M. Patte marquait le début de ses études géologiques en découvrant un crâne de marmotte que le carrier Loison d’Eragny, avait recueilli dans la carrière Letus, à Eragny (Seine-et-Oise). Ce crâne était accompagné de quelques os des membres, des fragments de bassin, des vertèbres, etc., que M. Patte me dit avoir recueillis lui-même en place. M’étant transporté à Eragny pour recueillir tous les renseignements possibles sur cette trouvaille, le carrier Loison m’affirma que c’était lui-même qui avait trouvé le crâne et qu’il provenait, selon lui, d’un limon sableux recouvrant le gravier dans une partie de la carrière située non loin de la route

Le 10 avril dernier, dans une tournée que je fis dans les carrières d’Eragny, en compagnie de M. Robert Douvillé, les carriers répondant à mes questions me dirent qu’ils ne trouvaient que des os de lapins; ce disant, ils me montrèrent de ces prétendus os de lapins que je reconnus, par les mandibules, être des os de marmottes. Avec M. Robert Douvillé et les carriers nous fouillâmes à l’endroit d’où provenaient ces os et en peu de temps, une demi-heure environ, nous fûmes assez heureux pour recueillir un fragment de maxillaire supérieur, six mandibules, huit fémurs, six tibias, trois humérus, quatre radius et six cubitus. Ces débris indiquaient au moins cinq individus réunis en un même point très peu étendu. Nous étions donc sur un terrier contenant les restes d’une famille de marmottes.

Les sablières d’Eragny sont situées à l’ouest et à l’est de la route de Conflans-Ste-Honorine à Pontoise, à environ un kilomètre au nord de l’Eglise d’Eragny et à peu près quatre cents mètres à l’est de l’Oise, qui coule, dans cette région. (coupe fournie par les deux carrières voisines : la carrière Hassé à l’ouest de la route et la carrière Letus à l’est de cette même route.)

La marmotte découverte à Eragny par M. Patte est-elle la marmotte des Alpes ou la marmotte de Pologne ?

Le profil de la tête de cette dernière espèce montre bien un crâne moins bombé que celui de la marmotte des Alpes.

Les marmottes dont on a jusqu’ici recueilli les débris dans les dépôts quaternaires, sont-elles bien de l’âge de ces dépôts  ?

A Eragny ces marmottes étaient réunies dans des terriers et ces terriers étaient établis dans un dépôt fluviatile à partir de 1m à 3 m du sol. Ce dernier fait me conduit à conclure que la marmotte a vécu dans nos régions bien après la fin du quaternaire et peut-être jusqu’à une période très rapprochée de nous mais n’a pu, comme le castor de la Bièvre, atteindre la période historique.

Citer ce document /
Laville A. Comparaison du crâne de la marmotte d’Eragny avec un crâne d’une marmotte du Thibet. In: Bulletins et Mémoires
de la Société d’anthropologie de Paris, VI° Série. Tome 1, 1910. pp. 517-518;
doi : 10.3406/bmsap.1910.7170
http://www.persee.fr/doc/bmsap_0037-8984_1910_num_1_1_7170
Document généré le 29/05/2016

 

Un peu d’histoire

L’origine du nom, d’après l’Abbé Lebeuf, viendrait du possesseur romain des terrains, Herennus. Dans les pièces d’archives, on peut lire : Eraisgny, Erasgny, et enfin Eragny. Le village a été marqué par les D’Alesso, seigneurs d’Eragny depuis 1564, dont le château était déjà en ruines avant la révolution. Ces ruines ont disparu, il n’en reste que les piliers d’entrée, rue de Saint Ouen (place de la République).

Le village devint paroisse en 1864, commune en 1869. Sous l’ancien régime, Eragny-Neuville comptait 200 feux, répartis également entre les deux villages. La population était essentiellement paysanne. Les fermiers cultivaient le seigle, l’avoine, le sarrasin, un peu de blé et surtout de la vigne sur une terre ingrate. Le vin s’appelait le « ginglet », il n’en reste que le nom de la radio locale, « RGB : Radio Ginglet-la Boucle » et le vin bu à la foire ST Martin de Pontoise. Rares étaient les cultivateurs qui étaient propriétaires de leur terre. Les vignerons possédaient une à trois bêtes (vache, cheval, âne).

Au XVIIIème siècle, le village avait une épicerie, une auberge, un moulin à vent, 2 écoles et un rebouteux. Divers métiers étaient représentés : berger, tonnelier, carrier (travaillant dans les carrières le long de l’Oise), terrassier, maçon, lavandière, cordonnier et tailleur.

L’Oise pouvait être traversée grâce à un bac à Neuville, ou à gué en aval d’Eragny, gué qui a été emprunté par les convois des chasse-marées, apportant le poisson des côtes normandes à Paris.

La vie était rythmée par les événements locaux, les épidémies (choléra, peste), les faits de guerre ou les évènements nationaux, comme la Fronde. La plupart des familles étaient pauvres. Le 25 février 1789, les représentants des habitants portent leurs cahiers de doléances à l’Assemblée Générale du Tiers Etat à Pontoise (Voir la plaque commémorative à la Mairie d’Eragny).

L’écrivain Bernardin de Saint-Pierre (auteur du roman Paul et Virginie) s’installe en 1804 à Eragny, au Prieuré qui lui appartient. Il y décède en janvier 1814.

L’année 1877 voit l’arrivée du chemin de fer : les gadoues (poubelles de Paris) sont transportées par wagon pour fertiliser les champs, les pierres des carrières sont évacuées par train, les légumes fournissent les halles de Paris et plus tard, « le train des pêcheurs »  permettra de développer les loisirs sur les  bords de l’Oise, amenant de Paris  promeneurs et pêcheurs.

Durant la guerre 1914-1918, Eragny est fortement éprouvée, perdant 14 de ses concitoyens et comptant de nombreux blessés. Le premier monument aux morts était placé au carrefour de la rue de Conflans et de la Route Nationale, (actuellement avenue Roger Guichard).

En 1933, avec la construction du château d’eau, l’eau courante transforme la vie quotidienne réduisant le nombre des lavandières au lavoir.

Le 7 juin 1944 à 2h25, un avion bombardier Lancaster anglais survolant Eragny est touché par la DCA allemande de Pontoise. La queue de l’appareil tombe à Cergy, le reste explose et tombe sur l’église d’Eragny qu’elle détruit totalement. On peut voir les plaques commémorant le sacrifice des 7 aviateurs anglais et canadiens  sur le chemin de halage, devant le Prieuré et l’école Henri Fillette. Six d’entre eux sont enterrés dans le carré militaire du cimetière d’Eragny, le septième aviateur, tombé dans l’Oise n’ayant jamais été retrouvé.

Dans les années 50, la population est d’environ 1000 habitants, essentiellement agriculteurs et maraîchers.  La papeterie Grillet et Féau, (construite en 1919), employant jusqu’à 500 personnes, ferme en 1971. Longtemps restée friche industrielle, elle abrite aujourd’hui le Théâtre de l’Usine et la: «salle des Calandres » salle où se trouvaient les anciennes presses à papier.

Dans les années 70, la construction de la  Ville Nouvelle  transforme le village qui passe de 3650 habitants en 1976 à 9500 en 1979 et 16000 dans les années 80, presque 17000 habitants en 2012. Sur « le plateau », les terres des maraîchers et les vergers cèdent la place aux nouvelles constructions qui donnent à notre ville son aspect actuel.